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Devoir de mémoire: un 9 Août à Nagasaki, le jour où le monde bascula dans l’ère nucléaire

Le 9 août 1945, une deuxième bombe atomique frappe le Japon. En quelques secondes, Nagasaki est ravagée et des dizaines de milliers de vies sont fauchées. Quatre-vingt-un ans plus tard, la ville demeure l’un des symboles les plus puissants des ravages de la guerre et de la menace nucléaire.

En quelques secondes, le destin de toute une ville et celui de l’humanité basculent. Trois jours après Hiroshima, frappée par la bombe atomique Little Boy, une seconde arme nucléaire américaine s’abat sur le Japon. Son nom : Fat Man. Sa cible initiale n’était pourtant pas Nagasaki.

Kokura, première cible… Nagasaki, cible de substitution

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Parti de l’île de Tinian, dans les Mariannes du Nord, le bombardier américain B-29 Bockscar, commandé par le major Charles W. Sweeney, transporte une bombe au plutonium. La cible prioritaire est Kokura, important centre industriel et militaire situé dans le nord de Kyushu.

Mais lorsque l’appareil arrive au-dessus de la ville, les conditions météorologiques bouleversent la mission. La brume et la fumée empêchent les bombardiers d’identifier clairement leur objectif. Or, les consignes exigent un largage effectué à vue. Après plusieurs tentatives et alors que le carburant commence à manquer, l’équipage se dirige vers la cible secondaire : Nagasaki.

Un choix dicté par les circonstances, mais dont les conséquences vont marquer l’histoire de l’humanité.

L’explosion qui défigure Nagasaki

Nagasaki est alors un important centre industriel et portuaire. La ville abrite des chantiers navals, des usines et diverses installations militaires. Elle possède également une histoire religieuse singulière, notamment dans le quartier d’Urakami, où s’élève la cathédrale de l’Immaculée-Conception, connue sous le nom de cathédrale d’Urakami.

Peu après 11h, la bombe explose à environ 500 mètres au-dessus du sol. Une lumière aveuglante embrase le ciel. Puis viennent la chaleur, l’onde de choc et les incendies. Les bâtiments s’effondrent. Les maisons sont soufflées. Dans le quartier d’Urakami, la destruction est apocalyptique. La cathédrale, située à environ 500 mètres de l’hypocentre, est presque entièrement détruite. Des fidèles et des membres du clergé périssent sous les décombres. Mais derrière les édifices détruits se trouve surtout une tragédie humaine d’une ampleur incommensurable.

Des dizaines de milliers de morts et une ville dévastée.

La bombe tue immédiatement environ 40 000 personnes. D’autres victimes succombent ensuite à leurs blessures, aux brûlures et aux effets des radiations.À la fin de décembre 1945, les estimations font état d’environ 74 000 morts et 75 000 blessés.Parmi les victimes se trouvent des hommes, des femmes et des enfants, mais aussi des travailleurs coréens présents au Japon ainsi que des prisonniers de guerre alliés. La tragédie de Nagasaki dépasse ainsi largement les frontières japonaises : elle est le produit d’une guerre mondiale qui emporte, dans sa violence, des populations de différentes nationalités.

La puissance explosive de Fat Man est supérieure à celle de Little Boy, utilisée trois jours plus tôt à Hiroshima. La topographie montagneuse de Nagasaki limite cependant l’étendue des destructions. Une partie considérable de la ville est néanmoins ravagée.

Deux bombes, trois jours, une nouvelle ère

Hiroshima et Nagasaki deviennent alors les deux premières villes de l’histoire à subir une attaque nucléaire. En l’espace de trois jours, l’humanité découvre une réalité jusque-là inimaginable : une seule arme peut détruire une ville en quelques instants et continuer à tuer bien après la disparition du champignon atomique. Le 15 août 1945, six jours après le bombardement de Nagasaki, l’empereur Hirohito annonce à la radio l’acceptation des conditions de capitulation.

La Seconde Guerre mondiale touche à sa fin.

Mais la capitulation ne referme pas la plaie de Nagasaki.Nagasaki, une mémoire contre l’oubliAprès l’explosion, la catastrophe se poursuit dans les corps et dans les familles. Les survivants deviennent les témoins directs des conséquences de l’arme nucléaire. Brûlures, maladies liées aux radiations, traumatismes psychologiques et deuils familiaux s’inscrivent durablement dans leur existence. Nagasaki devient progressivement davantage qu’un lieu de mémoire. Elle devient un avertissement. Ce 9 août 1945, le monde n’a pas seulement assisté à la destruction d’une ville. Il a découvert l’entrée dans une nouvelle époque : l’ère nucléaire.

Quatre-vingt-un ans plus tard, Nagasaki continue de porter cette mémoire. Son histoire rappelle que derrière les stratégies militaires, les rapports de force entre puissances et les décisions prises dans les centres de commandement, il y a toujours des vies humaines. Nagasaki n’est donc pas seulement un souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Elle demeure une question adressée au présent : jusqu’où l’humanité peut-elle aller dans sa capacité à détruire, avant de comprendre qu’elle peut aussi se détruire elle-même ?

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