Une date, une cicatrice, neuf ans après, le 19 août 2017 demeure une date majeure dans la mémoire politique du Togo. À l’appel du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, des milliers de Togolais étaient descendus dans les rues pour réclamer notamment des réformes constitutionnelles et institutionnelles, la limitation du nombre de mandats présidentiels, le retour à certaines dispositions de la Constitution de 1992 et le droit de vote de la diaspora. Mais derrière ces revendications se trouvait un malaise politique, social et économique plus profond. Le 19 août fut ainsi moins le commencement d’une crise que l’expression brutale de frustrations accumulées.
Quand la politique bascule dans la tragédie
La contestation s’est ensuite transformée en affrontements dans plusieurs localités, notamment à Sokodé, Mango et Bafilo. Des bâtiments publics furent attaqués, des armes dérobées dans des commissariats et des civils comme des membres des forces de sécurité trouvèrent la mort. Le devoir de mémoire impose donc de regarder cette période sans mémoire sélective. Toutes les victimes méritent d’être reconnues et pleurées, indépendamment de leur appartenance politique ou de leur position dans le conflit. Une vie humaine ne perd jamais sa valeur parce qu’elle se trouve de l’autre côté d’une barricade.
Pouvoir et opposition : des responsabilités partagées
Neuf ans après, il faut également avoir le courage de reconnaître les responsabilités des différents acteurs. Le pouvoir a le devoir de garantir les libertés publiques, de protéger les citoyens et de privilégier le dialogue à la confrontation. L’opposition et les organisateurs de manifestations ont, eux aussi, la responsabilité de préserver le caractère pacifique des mobilisations et d’éviter que la colère ne se transforme en violence. La démocratie n’autorise pas tout au pouvoir, pas plus qu’elle n’autorise tout à l’opposition. Elle repose sur des libertés, mais aussi sur des responsabilités.
Transformer la mémoire en leçon nationale
Le 19 août 2017 a néanmoins profondément marqué le débat politique togolais. Il a placé les réformes institutionnelles au cœur de l’agenda national et contribué à une séquence politique qui a mobilisé les acteurs nationaux et la CEDEAO. Tout n’a pas été réglé et toutes les attentes n’ont pas été satisfaites. Mais cette période doit aujourd’hui être considérée comme une leçon collective. Se souvenir ne signifie pas se venger ; oublier ne signifie pas pardonner. Le devoir de mémoire doit permettre de reconnaître les souffrances, d’établir les responsabilités et de rechercher une vérité historique débarrassée de toute instrumentalisation politique.
Le véritable hommage : ne plus recommencer
Le plus bel hommage aux victimes du 19 août 2017 ne réside ni dans les discours ni dans les commémorations, mais dans la capacité du Togo à construire une démocratie digne où la contestation peut s’exprimer sans devenir une menace, où le pouvoir accepte la critique et où l’opposition défend ses revendications sans transformer la rue en champ d’affrontement. Le Togo n’a pas besoin de nouvelles barricades de mémoire. Neuf ans après, il doit se souvenir non pour raviver les haines, mais pour empêcher que les mêmes causes ne produisent les mêmes tragédies. Que les générations futures héritent de nos leçons, et non de nos blessures.



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