Liberté de la presse au Togo : le PPT alerte sur les restrictions persistantes.

 

À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce mardi 13 mai 2026 à Lomé, le Patronat de la Presse Togolaise (PPT), dirigé par son président Honoré Adontui, a rendu public son « Baromètre de la liberté de presse au Togo 2025 ». Une initiative présentée comme un outil d’évaluation de l’état de la liberté de la presse et des conditions d’exercice du métier de journaliste au Togo.

La rencontre a mobilisé plusieurs acteurs du paysage médiatique national, notamment le président de Observatoire Togolais des Médias (OTM), Fabrice Petchezi, des responsables d’organisations professionnelles, des directeurs de publication ainsi que des journalistes.

Une initiative saluée par les professionnels des médias

Prenant la parole, Fabrice Petchezi a salué une initiative qu’il juge essentielle dans un contexte de mutation profonde du secteur médiatique sous l’effet du numérique et de l’émergence de nouveaux acteurs de l’information. « Ce baromètre vient enrichir les réflexions autour de l’avenir du journalisme et des défis économiques auxquels fait face la presse classique, notamment la presse écrite, aujourd’hui fragilisée », a-t-il souligné, appelant à une réflexion sur la viabilité économique des médias comme condition indispensable à une véritable liberté de la presse.

Une amélioration relative, mais des inquiétudes persistantes

Dans son rapport, le PPT reconnaît une légère amélioration de la situation de la presse togolaise entre 2023 et 2026, comparativement à l’année 2021, considérée comme « l’année la plus sombre de l’ère démocratique » pour les médias au Togo.

Le document relève notamment l’absence, ces dernières années, de suspensions de journaux, de retraits de récépissés ou encore de cas d’espionnage via des logiciels comme Pegasus. Toutefois, le Patronat estime que les atteintes à la liberté de la presse demeurent préoccupantes.

Le rapport évoque des cas récurrents d’interpellations, d’agressions, de menaces et d’intimidations visant des journalistes et des médias critiques, alimentant un climat d’autocensure dans plusieurs rédactions.

Le PPT cite également le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), qui fait passer le Togo de la 121e place mondiale en 2025 à la 97e en 2026. Une progression que l’organisation relativise, estimant que « les pressions ont changé de forme sans disparaître ».

Une longue liste de cas jugés préoccupants

Le rapport revient sur plusieurs incidents survenus entre 2024 et 2026, parmi lesquels :

– les menaces de mort subies en février 2026 par Roger Amemavoh, promoteur de « Capture Média », après un reportage sur un litige foncier ;

-l’interpellation en juin 2025 de la journaliste de TV5Monde, Flore Monteau, alors qu’elle couvrait des manifestations à Lomé ;

-la suspension de Radio France Internationale (RFI) et de France 24 par la HAAC en juin 2025 ;

-l’arrestation en août 2024 des journalistes Loïc Lawson et Anani Sossou pour des faits de diffamation ;

-ou encore l’expulsion du journaliste français Thomas Dietrich en avril 2024 après son arrestation au Togo.

Le document mentionne également plusieurs procédures judiciaires engagées contre des organes de presse privés, des redressements fiscaux jugés « excessifs » ainsi que des agressions physiques contre des journalistes lors d’activités politiques.

 

Un appel à la suppression des peines privatives de liberté

L’un des principaux axes du plaidoyer du PPT concerne la révision du Code de la presse et de la communication. Le Patronat demande l’abrogation des dispositions permettant l’application du droit commun et du Code pénal aux journalistes utilisant les réseaux sociaux dans l’exercice de leur profession.

Selon l’organisation, certaines dispositions du Code de la presse de 2020 ainsi que des modifications apportées à la loi organique de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) constituent des menaces pour la liberté de la presse et favorisent le retour des peines privatives de liberté pour les délits de presse.

Le PPT estime notamment que le recours au Code pénal contre des journalistes critiques « favorise l’autocensure » et porte atteinte à l’image démocratique du pays. L’organisation rappelle que le Togo avait fait de la dépénalisation des délits de presse un acquis majeur depuis 2004.

Des inquiétudes sur les lourdes sanctions financières

Outre les peines d’emprisonnement, le Patronat de la presse togolaise s’inquiète également des amendes prévues dans le nouveau Code de la presse, pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA. Pour le PPT, ces sanctions financières risquent d’asphyxier économiquement les médias privés déjà confrontés à une forte précarité.

L’organisation plaide également pour : la détaxation des intrants d’imprimerie et des équipements de production médiatique ; l’adoption du décret d’application de la Convention de Florence et du protocole de Nairobi ratifiés par le Togo ainsi qu’un allègement général du cadre juridique applicable aux médias.

Appel à la responsabilité et au professionnalisme

En conclusion, le PPT a lancé un appel à la mobilisation de l’ensemble des professionnels des médias pour la défense de la liberté de la presse au Togo.

Tout en dénonçant les restrictions et pressions persistantes, l’organisation a également invité les journalistes à davantage de professionnalisme et d’autocritique dans l’exercice de leur métier. « Il n’y a pas de liberté sans responsabilité », a rappelé le Patronat de la presse togolaise à l’issue de cette conférence organisée quelques jours après la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse du 3 mai 2026.

 

 

La rédaction

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