Le Sénégal traverse une séquence politique d’une rare intensité, marquée par un affrontement ouvert entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Ce différend, qui dépasse désormais le cadre politique, se joue désormais sur le terrain du droit constitutionnel et pourrait redéfinir les rapports entre les institutions de l’État.
À l’origine de cette crise figure le vote, le 29 juin 2026, d’une révision de la Constitution par l’Assemblée nationale, où la majorité parlementaire de PASTEF a rejeté les amendements proposés par le Gouvernement. Refusant de soumettre le texte à un référendum qu’il estime politiquement et juridiquement inopportun, le chef de l’État a choisi la voie contentieuse.
Le 6 juillet, Bassirou Diomaye Faye a officiellement saisi le Conseil constitutionnel d’un recours en inconstitutionnalité assorti d’une demande de procédure d’urgence. Bien plus qu’une simple contestation juridique, cette saisine repose sur un dossier particulièrement étoffé, composé de seize pièces destinées à démontrer de présumées irrégularités dans la procédure d’adoption de la révision constitutionnelle.
Parmi les éléments versés au dossier figurent notamment des enregistrements vidéo et audio de la séance parlementaire du 29 juin, présentés sur des supports numériques, des interventions du ministre de la Justice, un constat d’huissier, ainsi que plusieurs correspondances officielles attestant du dépôt régulier des amendements gouvernementaux.
Le recours s’appuie également sur des références jurisprudentielles sénégalaises et françaises afin de renforcer l’argumentation juridique soumise aux membres du Conseil constitutionnel.
À travers cette initiative, le président de la République semble privilégier une stratégie fondée sur le droit plutôt que sur l’affrontement politique. En portant le différend devant les juges constitutionnels, il entend faire trancher le litige par l’institution compétente tout en mettant en lumière les conditions dans lesquelles les débats parlementaires se seraient déroulés.
L’issue de cette procédure revêt une importance capitale. Une validation de la révision constitutionnelle conforterait la majorité parlementaire dirigée par Ousmane Sonko et pourrait sérieusement fragiliser l’autorité politique du chef de l’État. À l’inverse, une annulation de la réforme constituerait un succès majeur pour l’exécutif et rappellerait les limites constitutionnelles de l’action parlementaire.
Au-delà du contentieux juridique, cette affaire révèle la profondeur des tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, autrefois alliés politiques. Ce qui apparaît désormais comme une rivalité institutionnelle pourrait durablement influencer l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Dans l’attente de la décision du Conseil constitutionnel, l’ensemble de la classe politique et de l’opinion publique demeure suspendu à une décision dont les conséquences pourraient marquer un tournant dans l’histoire institutionnelle du pays.
Victor KOUTOWOU


